vendredi 20 février 2009

Terreur sur la plage

Un léger crachin humidifiait le paysage, comme si Quelqu'un, là haut, pleurait la perte d'un Ami. Le matin était gris et morne et pourtant les gens se pressaient sur le promenoir de cette petite ville du Sud Ouest de la France.

Une baleine s'était échouée une semaine plus tôt sur la plage et c'était bien la première fois que cela arrivait. Depuis une semaine, l'animal avait été preservé et les mouettes faisaient le pied de grue, sentant l'odeur de la chair légèrement rance. Les militants de l'antenne locale de Green Peace campaient sur place depuis que la nouvelle leur était parvenue, transformant la plage en petit camp de Hippies écologistes. Guitares sèches, youkoulélés et joints d'herbe étaient revenus à la mode, replongeant les promeneurs dans une suave ambiance des années 60. La police se faisait d'ailleurs une joie de venir régulièrement contrôler l'identité de tout ce petit monde.

Dans cette histoire de baleine, le seul petit problème était que pour venir s'échouer ici, elle aurait dû franchir les lignes flottantes haute-tension anti-méduses qui ceignaient cette partie du littoral or celles-ci étaient encore en parfait état. Elles avaient été mise en place suite au réchauffement notable des températures sur la planète provocant la reproduction massive des méduses en haut salé en rendant ainsi la plupart des plages réchauffées par le Gulf stream complètement impropre à la baignade. Leur efficacité était parfaite, même si cela avait nui à certaines espèces de poissons un peu trop sensibles aux courants et qui s'étaient tout simplement éteintes.

Sur la bande video de surveillance de la plage, on avait isolé une altération de 22 minutes de long entre 3h14 et 3h36 du matin. À la place des images interressantes qui devaient montrer comment l'animal s'était échoué ici, on n'avait rien. Pas vraiment le bruit typique des bandes effacées, mais un noir sombre et pur. Evidemment, en dehors de cette modification, personne n'avait rien vu.

La police était bien embêtée également, parce que le seul témoin qu'on avait pu voir sur les bandes vidéo n'avait pas été retrouvé malgré les appels à témoin répétés au cours de la semaine.

Depuis l'arrivée au pouvoir du dirigeant neo-populaire, la réalité semblait avoir sombré dans un univers fantastique digne d'un roman de H.G. Wells. Pas une semaine ne se passait sans qu'un fait divers inédit ne se produise en France.

dimanche 15 février 2009

Jupiter Weste

Robert Paluron pestait encore contre ses Cheveaux. L'un d'eux avait trop mangé de grain hier soir et dormait encore alors que l'aube allait se lever dans quelques instants. Les autres étaient bien sorti paître dans le premier enclos sous l'impulsion de leur collier de dressage, mais le plus gros d'entre eux ronflait toujours, la bave coulant de son museau bovin.

Les Cheveaux étaient une race génétiquement modifié d'animaux dont la vente et l'utilisation étaient interdites sur Terre, un croisement entre des chevaux et des vaches. Le résultat était à la hauteur de la difficulté du croisement: un animal gigantesque, pouvant mesurer jusqu'à 3m de long, une tête de veau et un corps musclé comme celui d'un cheval. Ils étaient beaucoup plus fort que des veaux normaux terrien et surtout ils n'avaient aucun problème à s'acclimater à l'atmosphère de Jupiter où la gravité était sensiblement plus forte et l'air toujours un peu empli de cette odeur d'algue dont aucune planète n'arrivait vraiment a se défaire lorsqu'elle avait été terraformé. Il étaient capable de synthétiser un cristal énergétique à partir du fourrage qu'ils ingéraient. Une révolution dans l'agriculture qui, à l'approche de 2110 avait rendu les confédérations paysannes plus forte encore que les lobbies pétroliers.

Renonçant à réveiller l'énorme animal, il sorti dans le premier enclos, ou les autres cheveaux attendaient impatiemment, grattant du sabot en tournant en rond, pressé d'en découdre avec les étendus de pâturage.

Il ouvre la porte du second enclos et les animaux commencent à progresser lentement. Leurs lourds pas ébranlent le sol, et ils se massent pour brouter les herbes hautes qui peuplent le champ. Ces herbes poussaient très rapidement et pour des animaux d'élevage, elles permettaient de maximiser la croissance des animaux puisque tout les matins, ceux-ci avaient un champ entier à brouter à nouveau. De couleur fauve, les grands épis ondulaient lentement sous le vent léger qui soufflait à cette heure matinale, vestige des tempêtes nocturnes. Jusqu'a perte de vue ces champs colorés de couleurs chaudes se succédaient en doux vallons, et pour chacun de ces champs, un éleveur faisait paître des animaux. Des fermettes en bois comme celle dans laquelle vivait Robert avaient poussé régulièrement dans le paysage : petits bâtiments de plain pied, sans étage, avec un espace réservé aux animaux. Des grandes routes bétonnées de douze voies de larges délimitaient les frontières des champs. Trois ou quatre prismes inversés semblaient plantés à l'intersection de quelques routes. Objet métalliques visiblement utilisés pour produire quelque chose. Leur orifices divers crachant une fumée blanche et drue. Un faisceau lumineux assez large partait des sommets plats des prismes pour se diriger vers l'espace. En orbite proche, des stations récupéraient l'énergie reconvertie en micro-onde pour la stocker dans des containers qui étaient ensuite acheminés vers la Terre. Cette partie de la planète servait de pile électrique au 30 milliards d'habitants de la Terre.

Robert rejoignit l'étable où le cheveau récalcitrant se terrait encore. Celui-ci, couché en travers semblait respirer difficilement. C'était une catastrophe. Depuis son installation sur la planète il y a 10 ans, il avait perdu plus de la moitié de ses bêtes d'une maladie inexplicable. Bientôt, il n'aurait plus que 7 de ces immenses animaux de trait et cela ne serait plus assez suffisant pour faire tourner l'exploitation. Et dire qu'il était toujours en train de rembourser l'emprunt qui lui avait permis d'obtenir ses animaux et sa terre.

Il avait cru les offices d'émigration de la Terre qui promettaient des vastes étendues nues et vierges de steppes pratiquement vides de toute civilisation. Il n'avais pas été déçu les premiers mois. Cette partie de la planète était une gigantesque plaine dans laquelle seules les exploitations de cheveaux étaient autorisées. Seul le vent qui soufflait encore depuis l'époque post-terraformation éveillait la nature. Sur les autoroutes délimitant les champs, on voyait parfois passer un véhicule en mode de déplacement sub-sonique, mais cela ne durait que quelques instants avant de le voir s'éteindre à nouveau à l'horizon. Il était devenu paysan pour échapper à la vie Terrienne, désormais reservée à l'élite et aux plus démunis des démunis. Après 3 mois sur Jupiter, il avait commencé à regretter l'accès à la culture gratuit et simple, la discussion avec d'autres être humains. Ici, la seule personne qu'il croisait régulièrement, c'était son chef de région, un bureaucrate pointilleux qui quittait toujours avec regret sa Hover-Cadillac climatisée pour affronter l'air toujours doux mais trop aéré à son goût de l'athmosphère.

mercredi 4 février 2009

Les Étoiles

La suite sans être vraiment la suite de Dancing Star qui était un hommage à ma prof. et à un lieu mythique où j'ai pu poser mes chaussures...


Paris, le 15 janvier 2003. Quelque part, non loin de la place d’Italie, derrière la façade d’un petit immeuble quelconque.

Le téléphone sonne. Sa sonnerie stridente remplit l'espace de l'appartement, dans lequel règne un désordre indescriptible. À l'autre bout du long couloir, une femme blonde émerge en titubant d'une chambre sombre, seulement vêtue d'un drap gris. À force de zigzag, elle finit par atteindre le petit salon baigné dans la faible clarté d’un jour d’hiver, filtrée par des stores qui découpent la lumière en fines bandelettes. On décroche. À l'autre extrémité du fil, une voix rocailleuse dit quelques mots dans une langue du sud :
« - je n'ai pas le temps aujourd'hui, j'ai un cours à donner à 20h, répond la voix cristalline à qui appartient la silhouette mi-vêtue.
- Vous auriez pu me prévenir avant de décider ce genre d'événement comme cela, rétorque-t-elle à l'homme qui semble presque hurler au bout du fil.»
Quelques secondes se passent avant qu'elle ne finisse par raccrocher brutalement le combiné, excédée.

Elle reprend aussitôt l'appareil pour composer un numéro de téléphone sans marquer d'hésitation. Une sonnerie avant que la ligne ne soit établie :
« - Bonsoir sergent, c'est Lola. Je vous appelle pour vous dire qu'ils ont décidé de passer à l'action ce soir. Le rendez-vous a été fixé à 22h30 en bas de l'Institut du Monde Arabe. Il devrait être là. Je donne un cours juste avant et j’en viendrai directement pour ne pas trop éveiller leurs soupçons.»

Elle raccroche, beaucoup moins assuré qu'auparavant. Sans le savoir, elle a parlé pour la dernière fois à ces deux personnes et a précipité leurs chutes.

Elle arriva enfin devant ce dancing, Les Étoiles, un ancien cinéma des années 20 qui avait été reconverti en Dancing.

L'entrée de ce lieu céleste le faisait ressembler à un lieu de perdition, une de ces boîtes de nuit au contenu plus que louche, avec son long couloir bien éclairé dans lequel on avait posé un antique projecteur de cinéma. Dans l'embrasure de la large ouverture, un homme en costume, d'une carrure de difforme, reluquait hommes et femmes pour tenter de savoir si l'on venait bien pour danser ou pas... Au fond, la caissière, la cigarette roulée collée aux lèvres, faisait tant bien que mal son mieux pour sembler aussi abjecte que possible. Elle y arrivait partiellement tel le cerbére, l’oeil vif mais empli de dédain.

Le jeune garçon responsable du vestiaire, l'oreillette de portable dans une oreille, semblait être un schizophrène, ayant une moitié d'encéphale pour chaque activité. Celle du vestiaire ayant héritée de la plus petite partie des deux. Le passage au vestiaire obligatoire et peu ragoutant ( un peu comme la douche et le pédiluve à la piscine ) était donc le moment où on avait le temps de discuter avec le visiteur d'avant, et le visiteur d'après. On prenait le temps de se dévêtir, d'enfourner sa veste, son manteau dans un sac à dos riquiqui qu'on confiait avec le sourire au demeuré du vestiaire qui le prenait sans mot dire.

Une porte battante séparait l'arrivant de ce monde de chaleur et de son. Parfois, enfin, juste avant de confier ses bagages au monsieur du vestiaire, l'arrivant d'avant pénétrait dans la salle et des notes chaudes et suaves s'échappaient des battants en mouvement. On entrevoyait fugitivement des couples se déplaçant tout précautionneusement, obéissant aux consignes données par une voix féminine, c'était rapide et flou.

Le marbre vieilli n'avait pas perdu son lustre du début du siècle. Dessus, comme à la meilleure époque, dansaient des dizaines de couples, aux rythmes des musiques latines qui emplissaient l'air de sons des îles. Les femmes, vêtues légèrement vu la température hivernale qui s'était abattue sur les rues de paris, transpiraient légèrement, leurs tempes brillantes de sueur, leurs yeux agrandis par la passion, leur sourire vibrants de plaisir. Leurs pas étaient légers et pourtant semblaient parfaitement organisés, se mêlant avec harmonie à ceux de leurs cavaliers les plus talentueux. Les autres étant contraintes de faire bonne figure et d'éviter les souliers brillants de ces messieurs sur leurs orteils pales et ouvragés.

Les couples se formaient, se défaisaient pour, dans l'instant suivant, se reformer différemment au gré des envies, des trajectoires, des sourires et des regards.

Alors que le cours de Son, une danse traditionnelle cubaine, s'achevait, la professeur de danse s'esquiva pendant quelques instants dans les coulisses de la scène qui surplombait la piste de danse. Elle était rayonnante mais hors d'haleine; les derniers exercices de la session de danse ayant été particulièrement difficiles. C'était une andalouse qui vivait en France depuis quelques années. Elle maîtrisait la langue française aussi bien de les danses latines en général. Ce soir là, elle semblait légèrement plus crispée qu'a l'habitude, sans qu'on puisse imaginer pourquoi au premier abord. Elle est en retard et, pour une fois, dédaigne les offres qu’on lui fait d’aller boire un verre dans un bar voisin, pour discuter après le cours. Elle enfile un grand manteau noir, sort dans la rue bruyante et toujours animée, marche quelques mètres avant de s’engouffrer dans le métro.

La fine silhouette s'approche du parvis lumineux de l'Institut. Il sera dix heures trente du soir dans quelques instants. Elle marche d'un pas décidé, presque trop rapide pour cette frêle silhouette. Installée sur le parvis éclairé par des dizaines des petites loupiotes incrustées dans le marbre, elle s'allume rapidement une cigarette de laquelle elle tire une grande bouffée. Il fait nuit noire depuis longtemps.

Roberto, El Cubano comme on l’appelait dans le milieu, était habituellement en retard. Il avait été prévenu par son escorte qu'un policier planquait à l'endroit de son rendez vous, équipé d'un appareil photo. Il avait demandé à ce qu'on se débarrasse de lui, rapidement.

Son affaire du soir était de la plus haute importance : Il lui fallait se mettre en contact avec la jeune femme parce qu’elle détenait des renseignements importants sur l'arrivée d'immigrés d’un genre un peu particuliers du Venezuela dans les prochains jours. Son cousin avait bien souligné l’importance du rendez-vous et le fait que celui-ci devait être confidentiel. Il attendait dans son véhicule quand un éclat lumineux en haut du bâtiment de l'Institut attira son regard une fraction de seconde trop tard.

Vêtu de noir, Ange attendait depuis presque deux heures dissimulé entre les antennes pour transmetteurs téléphoniques et les paraboles satellites. Son arme était entièrement montée et posée sur son trépied. Le bruit du système de stabilisation faisait un ronronnement grave qui lui permettait de se concentrer un peu plus facilement. Il avait bien vu l'altercation entre la grosse BMW et le petite Fiat bleue garée en contrebas. Il savait que les gros bras de Roberto faisaient souvent ce genre de ménage et il plaignait le pauvre petit qui était en train de se faire dérouiller. En fait, il savait beaucoup d’autres choses sur Roberto mais plus aucune ne lui serait malheureusement utile. Il était déjà l'heure de passer à l'action. On lui avait dit 22h30 et la ponctualité faisait partie de ce pourquoi on le payait. Il épaula l’arme de précision, chercha sa cible quelques instants, retint sa respiration et tira 3 fois sans hésiter. Trois douilles s’ejectérent du fusil, retombant en tintant sur le sol. L’arme était équipée d’un silencieux et elle n’avait fait aucun bruit. Après avoir éteint le viseur à amplification de lumière, Ange démonta son arme sans précipitation, se dirigea vers l’arrière du toit et descendit rapidement la petite échelle métallique qui le menait sur une des terrasses intermédiaires de l’Institut.

En bas du bâtiment qu’il longea sur une dizaine de mètres, une moto de marque japonaise l’attendait. Il l’enfourcha, démarra et parti rapidement vers le long de la Seine.

Un peu plus loin, Roberto baignait mort dans son sang dans une antique Mercedes marron-beige. Visiblement abattu de loin, son pare-brise s'était étoilé sous l'impact de la balle qui l'avait tuée. Lola fut retrouvée gisant au pied du véhicule, sans connaissance mais indemne.

Le sergent Dumoulin, en civil, dans un véhicule civil, fût également retrouvé abattu dans son véhicule, cible, semble-t-il d’individus armés circulant à bord d'une puissante berline. Ils avaient ouvert le feu avec des armes automatiques sur son véhicule, ne lui laissant aucune chance.





-- explication trop claire
Au commissariat, c'était l'alerte rouge : En moins de 24h, on avait obtenu une information capitale sur la capture d'un des patrons du Cartel de Notre Dame, on avait monté une embuscade et finalement, quelqu'un avait eu vent de l'affaire on ne sait comment et avait abattu l'intermédiaire qui devait venir contacter Lola Bridou. Le sergent du labo photo qui planquait avait lui aussi été abattu. Il semblait au premier abord que deux équipes avaient été présentes sur place. Une équipe officielle qui protégeait le représentant du Cartel et au moins un autre tireur, celui qui avait tué Roberto.

Altercation

"Votre contact sur place s'appelle Tibo, l'aide du cuisinier de la Taverne du Cor Doré. C'est un jeune cuistot, un peu tête en l'air. C'est un agent également. Il vient d'un système galactique un peu différent du votre où les habitants sont naturellement schizophrènes. Sa deuxième identité est disponible dès que la nuit tombe et cohabite pacifiquement avec son identité de jeune adolescent cuisinier. Il connaît très bien le coin et devrait pouvoir vous renseigner sur les tenants et aboutissants politiques de la région. Vous avez une totale liberté quant aux moyens que vous pouvez employer, mais à une seule condition: nous ramener ce caillou dans les 24 heures."

Comme toujours, le briefing du patron finissait par cette tragique note de réalisme. Depuis que notre organisation était cotée en bourse, il fallait être efficace et donc rentable. Quel métier ingrat.

Je quittais son bureau et me rendais immédiatement en salle d'accoutumance. Sur place, on me delivra les nécessaires oripeaux dont il faudrait me vêtir. Des vêtements d'apparence usés et modestes mais contenant en général quelques petits gadgets non disponibles sur le monde ou j'allais intervenir, tout cela pour me sortir d'embarras, si besoin était. Je récupérais également une puce de traduction pour cette zone de la galaxie, ainsi que deux bracelet de force, contenant entres autre un module Teslarmor, la panoplie anti-mort habituelle, un levitateur personnel, un analyseur psycho-radio et un détonateur anti-contamination qui détruirait tout mon attirail si celui-ci s'éloignait de moi trop longtemps ou trop loin. Avec ce genre de matériel, je pouvais facilement me faire passer pour un dieu en me rendant sur un monde qui ignorait l'existence de l'Agence. D'ailleurs, certaines blagues des agents issus de la Terre racontent que Jésus est un agent... Mon apparence physique était déjà assez proche de celle des habitants de cette planète, même si j'allais paraître un peu chétif, et je ne pris qu'une pilule pilolfactive pour voir ma pilosité et mon odeur corporelle temporairement augmentées; le genre de truc qui fait toujours sourire les agents qui ne travaillent que dans des mondes supra-civilisés ou l'apparence est réduite à un moule unique et, dans le meilleur des cas, à la possibilité de choisir un surnom à la naissance...

Dans la salle de Transfert, je bippais mon Identifiant Universel Importé sur le sas d'entrée qui se déverrouilla en silence. Le sas procéda aux habituels nettoyages, mise en température, vapeurs de désinfectants et finit par la projection d'un nano-polymère protecteur. Enfin, la porte de sortie s'ouvrit et je m'avançais vers le Téléport, une dalle en granite traitée. Ici, l'enseignement qu'on recevait lors de notre formation d'Agent était mis en oeuvre : Je visualisais la matrice de transfert, sélectionnais le quadrant de destination de mon transfert et laissait le polymère du sas faire son œuvre. La lumière envahit mon champs de vision et j'eus l'impression de me retrouver dans une machine à laver le linge, en plein essorage.

Le Téléport avait bien fonctionné mais il était visiblement inutilisé depuis trop longtemps et c'est dans une mare de boue de j'apparaissais. Le tetraèdre de transfert était presque entièrement immergé et je luttais en titubant pour ne pas m'étaler de tout mon long dans l'eau croupie et puante. Je remontais des marches taillées dans la roche, franchissais un virage serré avant d'apercevoir quelques rais de lumière à travers un buisson touffu qui barrait la sortie.

Je le franchissais tant bien que mal protégé par ma Teslarmor réglée au niveau minimum. Dehors, la nuit était déjà tombée et j'étais donc presque en retard pour mon rendez vous avec l'aide du cuisinier. Le malaise consécutif au transfert commençait dèjà à s'estomper. Les petites étoiles qui clignotaient dans mon champ de vision se diluaient dans la nuit noire. Au loin, un petit village d'une cinquantaine de constructions occupait une vallée dans laquelle un cours d'eau sinuait. Seule la grand' place du village semblait animée d'une lueur fantomatique, celle de la taverne ou m'attendait mon rendez-vous.

J'entrais dans la taverne, unique bâtiment du village bruyant a cette heure de la soirée. Les membres de l'assemblée ne me jetèrent qu'un regard vaguement désintéressé, signe que les petits gars du bureau de l'accoutumance avaient bien fait leur boulot. En m'approchant du comptoir, je pus me faire une idée du phénotype des gens de la région. Plutôt du même genre de faciés que le mien, mais la plupart plus grand et plus musclés que moi. Les plus grands semblaient même faire plus que 2m30 de haut et peser peut être deux ou trois fois mon poids. J'avais un peu l'air d'un nain, heureusement que j'étais plutôt grand sur mon monde d'origine... Je prenais quelques optoshots numériques, histoire de compléter un peu les archives de l'Agence. En m'approchant du comptoir, je m'aperçus que le tenancier avait une discussion animée avec quelque chose qui ressemblait à un troll mercenaire. 2m70 de chair, une armure de cuir qui enlaçait des muscles qui faisait tous au moins la taille de ma cuisse pour, et un air pas franchement affable à première vue. Là visiblement, il était d'humeur même si le tavernier avait l'air pas follement rassuré de devoir parler avec ce géant dont le visage dépourvu de nez indiquait ses origines troll.

Je m'approchais d'eux et réussissais à monter sur un des tabourets géants, me retrouvant ainsi la tête au dessus du comptoir, comme si tout était normal. Je commandais l'équivalent local d'une bière, activait la fonction d'inhibition alcoolique de mon bracelet et descendais prestement le gros verre de que le barman m'avait servi d'un air un peu soupçonneux. Voyant que je sifflais le verre rapidement, son expression se radoucit, et il repartit vaquer à essuyer ses verres. Le géant sans nez semblait occupé a manger une portée de rats vivant qu'on mangeait ici trempés dans une sauce au vin.

Je me penchais en me haussant sur mon tabouret, et m'adressait au tenancier :
«- Excusez-moi, mais je cherche le petit Tibo, je lui ai demandé de faire une course pour moi et il devrait avoir quelque chose à me donner, demandai-je en inventant une demi-histoire au moment où je la racontais.
- Ha ouais ? Figurez-vous que je n'ai aucune idée d'òu il peut être. Cela dit, ajouta-il d'un air mauvais, c'est intéressant que vous m'en parliez parce que justement mon ami Proggueur me disait que si quelqu'un le cherchait, ben j'avais qu'a lui dire...»

Je me retournais et me trouvais face au troll que j'avais aperçu lorsque j'étais rentré dans la taverne. Visiblement, j'avais posé la mauvais question à la mauvaise personne. Et il allait falloir montrer à ce gros tas qui était le patron, ici.

L'énorme monstre banda ses muscles, faisant craquer le cuir bouilli de son armure. Pendant quelques dixièmes de seconde, rien ne se passa et soudain, il poussa un cri rauque et puant. Je vacillais. Il faisait presque un mètre de plus que moi, mais mon sourire s'élargit. Je croisais les mains et augmentait le champ de force de mon bracelet. La Teslarmor qui courait sur mon épiderme monta à sa puissance maximum donnant l'impression à mon auditoire que ma silhouette luisait faiblement dans la clarté obscure de la taverne.

Il déploya son énorme bras et assena un coup formidable en direction de mon estomac. La Teslarmor anticipa le choc en augmentant la gravité au point d'impact anticipé, quelques millièmes de seconde avant celui-ci. Cette augmentation de la gravité permettait au transfert d'énergie de ne pas avoir lieu, ou plutôt d'avoir lieu mais dans l'autre sens. Un peu comme si un vélo heurtait un éléphant en croyant pouvoir l'écraser. Ici, ma protection équivalait à être aussi grand et lourd qu'un chêne centenaire...

Le poing heurta mon épiderme au niveau de mon estomac, et toute la carcasse géante qui suintait de haine recula d'un bon mètre, ses énormes pieds s'enfonçant dans la terre détrempée. Le moniteur de mon armure s'alluma en jaune dans mon écran-oeil-haut indiquant un coup modéré à l'estomac. Le genre de choc qui aurait du me tuer en temps normal.

Il hurla de douleur, redoubla de haine pour l'ignoble lutin que j'étais et tenta de me décrocher la tête avec son autre poing.

C'est une scène toujours intéressante à vivre, car tant que ça ne vous est pas arrivé en vrai, vous avez du mal à y croire, mais la chose qui venant de poser sa grosse patte sur ma joue était en train de s'envoler vers la droite, tout son corps se déplaçant autour de son poing.

Il s'écroula de tout son long, le bras quasiment cassé sous le choc. L'armure avait viré au cramoisi là où les coups avaient porté, pour simuler des hématomes et pour signaler également à son porteur l'état d'usure du champ tesla. Le moniteur interne indiquait que j'avais épuisé 4% de la capacité de l'armure.

L'ambiance dans la taverne avait changé du tout au tout. Les conversations enflammées avaient laissé la place à un silence de mort.

Je dégainais une de mes micro-dagues. Elles avaient été modifiées de façon à ressembler à des armes normales. Tout doucement, alors que l'auditoire retenait encore sa respiration, je passais la dague à travers le comptoir qui était en bois massif, le tranchant comme si c'était une vulgaire feuille de papier. Le bout du comptoir tomba en faisant un bruit sourd monstrueux, rebondissant au passage sur mon tibia.

mardi 19 août 2008

Vol à la tire

Le vaisseau dérivait depuis 24h. À l’intérieur, tout était silencieux à part une petite sonnerie stridente provenant d’un grand container en Plexiglas qui laissait transparaître une silhouette massive. Accolée au container, une lumière rouge scintillait lentement, respiration silencieuse d’une machine endormie.

Dans les coursives flottaient des cadavres décomposés la plupart vêtus des mêmes uniformes bleus ciel frappés de l’étoile blanche des Cosmocops. Vu de l’extérieur, le vaisseau semblait parfaitement normal, même sa trajectoire aurait pu passer pour prévue tant il semblait être en pleine maraude de surveillance...

Dans leur Otok-9000, Stéphane Paluron et Laurent De Trintillac étaient nerveux car ils venaient de recevoir une transmission automatique d’un Copfighter qui leur demandait de décliner leurs identités et plan de vol ainsi que la description de leur cargaison. Le problème est que leur cargaison était volée et qu’aucun d’entre eux n’avait pu mettre au point une histoire satisfaisante.

Ils se connaissaient depuis toujours.

Deux heures plus tôt, ils avaient intercepté un convoi de transport de fond en plein Manhattan-Douze. Le véhicule de convoyage était de la toute dernière génération et n’avait pas été patché contre la faille que Stéphane avait découvert quelques jours auparavant en surfant dans les bas-fonds de la Matrice. Ils avaient lancé le ver sans trop présumer du résultat et à leur grande surprise, le convoyeur s’était éteint et ouvert sans autre avertissement. Ils n’en avaient pas cru leur yeux et s’étaient précipités pour charger les blocs de platine dans leur autovobile. En rentrant chez eux, ils avaient eu la chance d’intercepter une communication radio de la police qui mettait à l’instant leur tête à prix. Ni une ni deux, ils avaient filé au spatioport pour s’envoler vers Jupiter-weste, la colonie miniére de la géante gazeuse. C’est ainsi qu’en chemin, ils avaient rencontré le Copfighter.

Dirigé par un système automatique de contrôle, le Copfighter avait été programmé pour faciliter les procédures de vérification d’identité. C’est ainsi que Stéphane et Laurent étaient persuadés que l’automate avait enclenché la procédure d’arrestation parce que le platine n’était pas camouflé dans le cargo de l’Otok. En réalité, l’automate avait effectivement détecté une cargaison recherchée mais attendait l’aval d’un intervenant humain pour procéder à l’arraisonnement.

10 minutes passérent, puis 20, puis 30 et le Copfighter ne bougeait toujours pas. Au bout de ce temps, les deux comparses etaient persuades que quelque chose n’aillait pas bien et ils tentèrent de filer sans demander leur reste. Malheureusement, l’IA du Copfighter avait été configurée pour empêcher ceci et le missile a diffusion de champs eu raison du générateur de l’Otok. Il se mis a dériver pendant que le Copfighter les arraisonnaient sans ménagement avec son champs de force.

Ils furent sommés de se rendre dans le sas du vaisseau policier. Une fois dedans, l’automate les laissa tranquille et émis un signal sonore dans la cabine des permanents du vaisseau. Encore une fois, plusieurs dizaines de minutes passèrent avant que Stéphane exaspéré par le silence de l’équipage, et un peu en désespoir de cause, ne décide de tenter de déverrouiller le sas via un de ses programmes virus.

Il y arriva, et c’est dans une section de couloir non éclairée, non pressurisé et sans gravité qu’ils pénétrèrent. Tout semblait inanimé. Au détour d’un couloir, ils eurent la frayeur de leur vie : Un corps flottait a mi hauteur. Vêtu de lambeaux de ce qui avait dû être un uniforme de Cosmocop. Complètement décomposé, il n’en restait que le squelette, qui miroitait presque dans la clarté faiblarde qui perçait a travers les panneaux en Plexivitre.

Dégradé

La nuit était tombée depuis quelques heures sur le quartier résidentiel. Plus un bruit, sauf le lointain vrombissement de l'autoroute qui ne cessait jamais. La gouttière en zinc semblait animée d'un tremblement vague et rapide, comme si un vent soufflait le long de la façade en briques bistres de l'immeuble. A son extrémité pendue dans le vide, le noir profond et sans vie attirait l'œil comme un aimant, malgré les tressautements du tuyau ouvert. Dans ce noir profond, la vie est. Petite et tenue, quelques grammes de l'étincelle divine sont actifs et cherchent leur pitance, escaladant la paroi verticale et souillée du déversoir. La pluie était tombée quelques heures auparavant laissant la route en bitume humide et parsemée de flaques d'eau et remplissant la gouttière d'une provision invraisemblable de denrées pour notre étincelle qui se repait dans la pénombre de cette manne tombée du ciel.

À quelques centimètres de ce festin, dans l'encadrement blanchâtre qui découpe une fenêtre, un mur éclairé d'une lumière blafarde verdâtre, couvert d'une tapisserie sans âge dont les multiples déchirures entre les lés laisse entrevoir un mur de béton rongé par les champignons et zébré d'humidité. Un poste de télévision d'un autre âge éclaire la pièce par intermittence et le crachotement du haut-parleur retranscrit tant mal que bien les dialogues et sons d'un film policier trop mal fait. Dans un gros fauteuil en tissu écossais, un homme est assis. Il porte un béret marron et tiens une canne recourbée dans sa main gauche. Ses pieds sont chaussés de pantoufle en tissu écossais bleu sombre avec un petit liseré vermillon. Seul son imposant nez semble déborder de sous son béret et son immobilité contraste avec le tremblement télévisuel et divin qui l'entoure.

L'homme s'ennuie, mais comme il est seul, il ne le montre pas.

lundi 30 juin 2008

Lumières du temps

Inachevé. Vous avez compris ou je voulais en venir ? Je manque d'idée pour en faire un récit cohérent.



Au commencement était la noirceur. Sombre et Profonde. Sans début et sans fin. Personne ne savait qui l'avait mis là, même si certains avaient leur opinion à ce sujet. Un moment plus tard, ou était-ce une éternité après, il y eut une explosion de joie et de lumière. Instantanée, si violente que ceux qui regardaient furent surpris, s'il y en avait. Ainsi naquit la première. Et de sa chair, la seconde. Et ainsi de suite. Chacune donnant naissance à quelques autres suivantes, plus ou moins jeunes, plus ou moins sages, plus ou moins sombres, plus ou moins fréquentables. Et le cycle se perpétua pendant longtemps. Ou était-ce un instant ? Leur terrain de jeu paraissait sans limite et elles s'y promenaient librement, en prenant garde de rester à proximité des plus éclairées, pour mieux apprendre et rayonner ainsi.

Elle était née par un beau matin de printemps, d'été, d'hiver et d'automne. Depuis sa naissance, elle avait été préservée soigneusement. Toujours prête à suivre son compagnon si éclairée, elle s'était, sans le savoir, assurée un futur radieux. Elle serait l'hôtesse de la vie. Sa peau était diaphane, presque transparente tellement elle était blanche. Les doux battements de son coeur faisait régulièrement palpiter sa gorge immaculée et si fine. Seule au début dans le noir, elle avait un peu erré, ombre grise aux reflets rougeoyants et s'était mise à pleurer parce qu'elle n'y voyait rien. Au bout de quelques instants, un de ses semblables lui avait apporté la lumière, l'avait rassurée et lui avait redonné des couleurs, plus vive que le gris et moins que ce rouge rubis qui palpitait dans ses entrailles. Elle avait la couleur de l'espoir et du ciel. Elle l'avait suivi.

Elle s'était alors promené tranquillement, en compagnie de quelques unes de ses amis. Elle avait aussi arrêté de pleurer et répandu des effluves de menthe et d'abricot dans l'air. La lumière se diffusait douce sphères orangées qui se dilataient rapidement. Presque transparentes, elles réchauffaient sa peau, la colorant d'un doux reflet orangé-brun. Toute de bleu et de vert vêtue, elle était presque la plus jeune et la plus énergique des membres de la bandes. Cela faisait quelques minutes qu'elles avaient entamés leur parcours.

En cette fin d'après-midi, la lumière était toujours aussi belle et l'atmosphère assez douce. Alors qu'elle s'apprêtait à poursuivre son bout de chemin, elle aperçu cet insecte s'approchant d'elle. Elle en avait entendu parler par d'autres de ses amies, mais n'en avait jamais vu en vrai. Alors que celui-ci semblait converger directement vers son ventre dévêtu, elle lui donna un petite tape pour le provoquer. Aussitôt, il déploya des couleurs chamarrées et continua à s'approcher lentement décrivant alors de lentes circonvolutions.

Il finit par se poser sur son ventre. Ou plutôt se retrouver collé dessus. Il redevint sombre. Elle expédia ce qui semblait être devenu un cadavre d'un coup sec. Il tomba rapidement reprenant ses couleurs presque aussitôt avant de noircir à nouveau.

Là ou l'intrus s'était posé, elle sentit un léger fourmillement et cru apercevoir de sombres traînées qui ondulaient légèrement. Elle ne s'en formalisa pas davantage et continua d'un pas léger à se promener. Tournant lentement le dos à la lumière qui commençait à chauffer un peu trop son visage, elle poursuivit sa ronde. Bientôt, la chaleur qu'elle ressentait sur son visage s'estompa pour laisser place à une fraîcheur reposante. Elle ferma les yeux et s'assoupit quelques instants. Les doux sons qui l'entouraient l'entraînèrent dans une féerie de rêves.

Aldo repris conscience dans un hurlement de sirènes et de voix synthétique. Le vaisseau annonçait l'approche d'un système terrestre correspondant aux critères qu'on lui avait demandé de chercher et le pilote automatique avait commencé à faire émerger les Élus de leur cryogénie. Sauf que cela n'aurait dû avoir lieu qu'une fois le vaisseau posé à terre.

Aldo était un Élu. Un de ces heureux vainqueurs à la loterie mondiale organisée tout les ans. Elle permettait à 10 être humains, parmi les plus aptes de la race humaine, de partir dans un des vaisseaux d'exploration, dans l'espoir de trouver une planète habitable aux confins de la Voie Lactée. La Terre était surpeuplée.
Depuis 2070, le gouvernement fédéral mondial avait mis en place ce programme pour tenter de calmer la marmite sur laquelle il était assis : 35 milliards d'individus peuplaient la planète Terre. Depuis une trentaine d'année, le réchauffement climatique avait fini par faire fondre la calotte glacière, élevant le niveau des eaux de plus de 10 mètres dans certains endroits du globe. La famine touchait environ 80% de la population et les 20% restant vivaient soit en Noram, soit en WEuro, des régions anciennement riches du monde. Ils avaient embarqué 12 ans auparavant et depuis 12 ans, s'étaient réveillés une autre fois pour tomber sur une planète qui réunissait toutes les conditions nécessaires, sauf la plus importante : les embryons humains ne s'y développaient pas normalement à cause du champ magnétique trop élevé. Ils avaient ainsi sacrifié une dizaines de leurs clones avant de s'apercevoir de ce terrible inconvénient.

Aldo sentit lentement son corps se réchauffer, à mesure que le sang de substitution qu'on lui avait injecté avant de l'endormir était remplacé par son sang original. Petit à petit, les sensations revinrent et il commença bientôt à éprouver des picotements dans les extrémités de ses membres. Il savait que dans quelques minutes, c'est tout son corps qui l'élancerait pour de nombreuses minutes. Aussi avancée que fût la technologie, ce genre d'effets secondaires était particulièrement désagréable, surtout quand en même temps l'ordinateur de bord hurlait (oui, il hurlait bien) : "Impact dans 24 secondes ! Alerte ! Système de navigation endommagé !". Aldo comprit qu'il n'aurait aucune chance de sortir du cocon cryogénique avant l'impact. L'ordinateur, dans un sursaut de lucidité dû aussi comprendre que cela ne serait pas possible et réinjecta massivement du somnifère dans les corps des Elus avant de verrouiller à nouveau leurs verrières. Aldo replongea dans les ténèbres à travers tunnel de douleur.

La jungle était couleur or, et toute la végétation semblait être faite de sable. Les pins géants ondulaient lentement sous l'effet d'une brise vespérale. Le vaisseau s'était écrasé au milieu de cette immensité jaunâtre. Le feu chimique s'était propagé aux environs immédiat de l'engin. Sur un cercle de quelques centaines de mètres, la fumée noire et acide s'élevait en panaches lents et paresseux. L'Ordinateur de bord avait vidé l'ensemble de ses réserves de mousse extinctrice sur la carcasse noircie. Pas un son hormis celui de la végétation.

Rencontre souterraine

Après quelques minutes à galoper dans les tunnels sombres et obscurs, Arthur s'arrête quelques instants pour souffler. Appuyé sur les parois luisantes d'huile et noires de poussière, il laisse son cœur ralentir progressivement, la course qu'il vient de faire a répandu dans son corps un peu trop d'enzyme-Z pour le laisser complètement serein. L'enzyme, même si elle avait l'immense avantage d'augmenter temporairement les perceptions de son hôte, pouvait conduire à la cécité complète en cas d'augmentation trop longue du rythme cardiaque.

Arthur voyait tout très clair, les traces de rouille des tuyaux qui longeaient le boyau, les débris qui stagnaient dans l'eau croupie, les particules en suspension qui tourbillonnaient lentement, les rats curieux qui commençaient à ressortir de leur refuges. A chacune des pulsations de son cœur, sa vision montait en luminosité, l'enzyme-Z colorant tout en jaune pâle. Il portait la main à sa ceinture et tournait le robinet d'admission de son injecteur d'un quart de tour. Aussitôt ou presque, le jaune refluait lentement et il sentait l'obscurité se refermer sur lui. Il savait qu'il était bien au point de rendez-vous et pourtant, il n'avait senti aucune autre odeur que celle des égouts, vu rien d'autre que le décor classique des ces souterrains immondes et entendu que le bruit de ses pas et des rats qui grattent leur moustache.

L'apparition est aussi soudaine qu'imprévisible. Arthur croyait que l'enzyme-Z lui aurait permis de prévoir cela, et pourtant, il n'avait rien anticipé : lentement, comme si un mirage se dissipait, il voit apparaître à quelques centimètres de lui, une silhouette trapue couverte d'un manteau qui semble prendre vie à travers le vide. Elle gonfle comme un spectre qui s'opacifie. Puis plus rien de bouge. L'apparition est suspendue à un tuyau, sans effort apparent. Ses lourdes bottes rentrent dans le bouillon saumâtre à leur pieds sans presque faire de vaguelettes.

Cette voix spectrale qui s'éleva lorsque son interlocuteur prit la parole devrait être celle qui le poursuivrait en songe pour le reste de sa vie. Métallique, presque aigüe, au timbre néanmoins assez agréable et qui même lors d'un murmure restait parfaitement audible. Elle prononça la phrase-passe qu'il avait reçu quelques heures auparavant et il lui exhiba son badge-chronos qui se mit à luire d'un rouge éclatant confirmant ainsi que son interlocuteur était bien un des envoyés d'IChrone.

Quelques instants plus tard, Arthur se hâtait de repartir chargé d'un détonateur ultra-perfectionné de la taille d'un petit briquet; la silhouette de son mystérieux correspondant s'était évanouie aussi rapidement qu'elle était apparue.

Dancing Star

c'est un texte que j'ai pondu en souvenir des soirées Salsa organisées par Luna, professeur de danse et personne incroyable. Inachevé par manque d'inspiration autre que celle de décrire...



Photo de Sebcaen Ulysses.
C'était dans une rue animée, non loin du métro Château Rouge. Ils allaient dîner dans ce petit bar restaurant, où les patates maison étaient à tomber par terre et à mourir d'indigestion, car on pouvait en avoir à volonté. Le patron adorait les filles du groupe. On y mangeait une demi poulet ou bien une escalope de veau à la crème. Puis on filait en rigolant en rang d'oignons vers ce lieu mythique... Sur la route, on croisait des coiffeurs africains dans lesquels les gens du quartier passaient des heures à se préparer pour la soirée. Lieux de rencontre, lieux de fête. Bien souvent, j'arrivais un peu en avance et le patron m'accueillait en me demandant : "alors, où sont les femmes ?". Je m'asseyais sur la banquette en sky rouge qui collait vite à travers nos légers pantalons. Elles arrivaient en général un peu plus tard, le sourire aux lèvres, les histoires (de fille) plein la tête. Encore plus tard, en général, le scooter que nous connaissions si bien arrivait enfin, monté de nos inséparables acolytes, l'un avec sa chevelure blanche de l'homme sage qu'il n'était pas encore et l'autre avec ses robes de danseuses et ses mocassins à paillettes.

L'entrée de ce lieu céleste le faisait ressembler à un lieu de perdition, une de ces boîtes de nuit au contenu plus que louche, avec son long couloir bien éclairé dans lequel on avait posé un antique projecteur de cinéma en souvenir de l'ancien temps. Dans l'embrasure de la large ouverture, un homme en costume, d'une carrure de difforme, reluquait hommes et femmes pour tenter de savoir si l'on venait bien pour danser ou pas... Au fond, la caissière, la cigarette roulée collée aux lèvres, faisait tant bien que mal son mieux pour sembler aussi abjecte que possible. Elle y arrivait partiellement, devenant ainsi le cerbère du lieu.

Le jeune garçon responsable du vestiaire, l'oreillette de portable dans une oreille, semblait être un schizophrène, ayant une moitié d'encéphale pour chaque activité. Celle du vestiaire ayant héritée de la plus petite partie des deux. Le passage au vestiaire obligatoire ( comme la douche et le pédiluve à la piscine ) était donc le moment où on avait le temps de discuter avec le visiteur d'avant, et le visiteur d'après. On prenait le temps de se dévêtir, d'enfourner sa veste, son manteau dans un sac à dos riquiqui qu'on confiait avec le sourire au demeuré du vestiaire qui le prenait sans mot dire. Le froid nous saisissait alors faisait naître des frissons qu'on imaginait toujours dûs à la musique et à l'excitation de rentrer dans ce lieu presque sacré.

Une porte battante séparait l'arrivant de ce monde de chaleur et de son. Parfois, enfin, juste avant que l'on confie ses bagages au monsieur du vestiaire, l'arrivant d'avant pénétrait dans la salle et des notes chaudes et suaves s'échappaient des battants qui battaient. On entrevoyait fugitivement des couples se déplaçant tout précautionneusement, obéissant aux consignes données par une voix féminine, mais c'était rapide et flou.

Le marbre vieilli n'avait pas perdu son lustre du début du siècle. Dessus, comme à la meilleure époque, dansaient des dizaines de couples, aux rythmes des musiques latines qui emplissaient l'air de sons des îles. Les femmes, vêtues légèrement vu la température hivernale qui s'était abattue sur les rues de paris, transpiraient légèrement, leurs tempes brillantes de sueur, leurs yeux agrandis par la passion, leurs sourires vibrants de plaisir. Leurs pas étaient légers et pourtant semblaient parfaitement organisés, se mêlant avec harmonie à ceux de leurs cavaliers les plus talentueux. Les autres étant contraintes de faire bonne figure et d'éviter les souliers brillants de ces messieurs sur leurs orteils clairs et ouvragés.

Les couples se formaient, se défaisaient pour, dans l'instant suivant, se reformer différemment au gré des envies, des trajectoires, des sourires et des regards. La voix calme et décidée de celle qu'on appelle Luna guidait les couples, leur précisant les détails, les trucs et autres astuces à bien saisir afin de restituer au mieux les mouvements qu'elle montrait soit avec un élève, soit avec son compagnon; les deux bougeant comme si constitués d'un même squelette, gracieux et fluide, sans heurts, d'un mouvement si coulé qu'on le croirait intuitif et qu'il faudrait pourtant des années aux apprentis pour commencer à comprendre.

Des tables rondes longeait un des murs de la salle, face au grand bar. Des nappes en papier, ornées d'hideuses bougies en cire rouge toujours trop vieilles, étaient posées dessus. Et souvent, les quelques personnes qui étaient venues dîner ici se retrouvaient avec les yeux comme des soucoupes à observer les danseurs esquisser leurs premiers pas de son, tentant tant bien que mal de suivre le rythme du "vite, vite, lent".

vendredi 29 juin 2007

Indice Nocturne

La ruelle était plongée dans l'ombre et seule la lune faiblarde éclairait le mur de briques par intermittence. Un fin crachin tombait depuis quelques heures, recouvrant la surface du bitume noirâtre d'une pellicule humide, attaquant inlassablement tout ce qui était sec.

Immobile à la sortie de la ruelle, une silhouette imposante se découpait dans la lumière jaune sale du lampadaire qui éclairait la façade du commissariat. Un trois quart sombre et un vieux galurin qui semblait tenir en équilibre sur les pans remontés du manteau constituaient les seuls éléments remarquables de cette ombre. De temps en temps, un main gantée de cuir noir sortait de la poche pour aller capturer un cigare dissimulé sous le chapeau, le secouait quelques instants et le portait à nouveau dans le recoin sombre ou se dissimulait le visage de l'homme. Puis l'extrémité du cigare se mettait à rougeoyer, comme douée de vie.

La façade du commissariat croulait. Briques usées, lézardées par endroit, ornée d'une vielle horloge dont le cadran était fendu depuis toujours, semble-t-il. Elle donnait encore l'heure, mais la grande aiguille était pliée, comme pour indiquer qu'on était toujours en retard, ici.

Au loin, un chien se mit à hurler quelques secondes. Terminant son cigare, la main gantée s'en saisit et le lâcha par terre. La botte de cuir s'écrasa dessus, brisant le cigare en petit copaux de tabac et éteignant aussitôt la mince étincelle. Continuant son geste, la silhouette s'approcha du perron de l'établissement d'un pas décidé, presque nonchalant.

Arrivé au pied des trois marches qui menaient à un porte en bois, la main gantée se glissa sous le manteau pour y saisir un petit paquet enveloppé d'un papier kraft impeccable que la pluie se mit aussi à picorer de ses nombreuses dents humides. Elle déposa le paquet précautionneusement sur la marche la plus basse.

Puis l'apparition s'éloigna d'un pas tranquille. Derrière la porte du commissariat, la sonnerie entêtante d'un téléphone n'allait pas tarder à sonner.