jeudi 24 novembre 2011

BTZ

Le soleil tombait lentement sur la jetée. Les lumières oranges et jaunes découpaient les contours des récifs sur le promenoir désert. J'avançais d'un pas lent et mesuré, du promeneur indolent qui, sans but, jouit du paysage.

M'asseyant sur un vieux banc décoloré, je m'abandonnais dans la contemplation de l'océan. Les vagues qui s'échouent paresseusement sur la berge dans ce délicieux bruissement calme et constant. L'écume qui s'avance, tels des doigts creusant le sable en ces empreintes subtiles, et qui se retire, se déchirant dans cette lenteur inexorable du ressac.

Dans ma main un petit galet gris strié se réchauffait au contact de ma paume desséchée par le sel et mes doigts jouaient machinalement avec, le faisant lentement rouler au rythme de ma rêverie.

La chaleur des rayons du soleil me plongeait dans une douce somnolence béate, d'ou nulle pensée cohérente ne semblait émerger. Pendant quelques instants, je me sentais redevenir un animal à sang froid, accumulant l'énergie avant de se réveiller à nouveau.

Le cri d'une mouette éveilla mon ouïe, qui pris conscience du paysage sonore : le grondement des flots, le crissement du sable, les lointains bruits de la ville, quelques cris d'enfants invisibles.

Sur ma peau, la brise du couchant atténuait la morsure légère du soleil, cette odeur d'iode et de vent frais, cette sensation d'être plus que vivant, au centre de la création, mi-être et mi-objet, me faisait prendre conscience de ma naturalité, impression d'être pour un instant, cette plage, cette eau en mouvement, cette herbe et ce vent. Impression de rien, de tout, d'inversion de mes perceptions, comme si les yeux clos, je m'enfonçais dans le sol, me détachant de mon enveloppe corporelle pour quelques instants.

Une inspiration profonde et j'ouvrais les yeux. Déchirement de lumière, mes yeux s'habituent, les couleurs reviennent, le relief surgit, le mouvement se précise. Je me sens vivant, mon coeur battant dans ma poitrine me le confirme. Une nouvelle inspiration et je me lève, rayonnant de mon énergie. D'une démarche revigorée, je reprends ma promenade, vers l'ouest, vers le soleil qui annonce l'arrivée de la nuit. Au fur et à mesure que je progresse sur la promenade, elle se peuple lentement, des enfants, des couples qui contemplent la mer, des badauds comme moi qui partent dos au soleil, la vie reprend son droit; la nature s'efface doucement, se retire le long de l'étendue de sable, laissant la place au bitume silencieux et rassurant, stable, sans vie.

La nuit s'installe doucement, écrasant la vie sous son linceul léger. La cité vibre d'activité alors que la noirceur la recouvre. Quelques mètres plus loin, la nature est endormie. Le vent continue à souffler, dérisoire tentative d'arrêter le temps. La mer s'écoule toujours, usant encore et encore son sable. Tous leurs êtres sont réfugiés dans la douceur de leur songe, en attendant l'aube prochaine, synonyme d'un retour à la vie, du droit à la parole. La mer ne se tait jamais; elle murmure toujours la vie.

mercredi 10 août 2011

Parfum de terre.

La garde avait sonné la retraite. Partout, les cavaliers faisaient demi tour et tentaient de s'échapper de la nasse dans laquelle ils s'étaient empêtrés. Le vacarme des sabots, des cris des blessés et des valies, le tintement du métal, la poussière soulevée par les hommes rendaient l'atmosphère étouffante et mortelle. De temps en temps, le sifflement d'une flèche se faisait entendre avant d'être arretée par le sol boueux, l'armure d'un soldat, ou plus souvent encore un corps encore vivant d'homme ou d'animal.

Au sommet d'une éminence voisine protégée par sa garde rapprochée, le Général écumait de rage. Son adversaire avait réussi à le mener au coeur d'un dispositif en tenaille qui était en train de décimer son armée. Il invectiva ses commandants, fit faire demi tour à sa monture, et s'éloigna au trot du lieu de l'affrontement, sa garde l'encadrant étroitement. Ainsi, le flambeau de son empire ne daignait même pas rester sur les lieux ou périssaient une grande partie de son armée, encerclée par une armée de mercenaires de l'Est.

Au coeur de la mêlée, Frognon tentait de s'enfuir le plus rapidement possible du champ de bataille. Malheureusement, il était actuellement au prise avec un de ces géants des Steppes du Froid et celui-ci ne semblait absolument pas disposé à le laisser partir sans lui avoir auparavant planté sa massue entre les deux yeux.

Profitant du passage d'un cheval de son armée un peu trop près de leur périmètre de lutte, Frognon bondit hors d'atteinte de la massue de son adversaire et partit sans attendre son reste. Il sentit l'arme primitive venir heurter la terre juste derrière ses pas, mais il était déjà loin quand il s'arreta enfin pour reprendre son souffle. Au milieu d'une dizaine d'autres combattants de son camp et de quelques cavaliers dont les montures surexcitées par l'odeur du sang et de la poussière piaffaient sans vouloir se calmer, il eu le plaisir de retrouver le capitaine responsable de son unité.

Celui-ci était en train de se faire bander l'épaule après qu'une flèche ennemie l'ai quasiment embroché. Saoulé à l'eau de vie pour ne pas sentir la douleur, il était le seul du groupe à ne pas faire la tête.

dimanche 26 décembre 2010

Message de Bienvenue

L'alarme résonnait dans les couloirs blancs de la centrale. L'équipe de sécurité venait de sortir de son local et convergeait rapidement vers la salle 112. La salle 112 contenait le morceau d'astéroïde qui s'était était écrasé sur la Terre une semaine avant en pleine Ukraine. Seuls quelques dirigeants mondiaux étaient au courant, mais ce rocher était la preuve d'une existence extra terrestre.

Enfermé au coeur de cette centrale nucléaire désaffectée et reconverti en centre de haute sécurité, ce bout de cailloux n'était pas supposé attirer si vite les convoitises étrangères. Et pourtant, 10 minutes plus tôt l'ensemble des alarmes volumétriques du secteur 11 s'étaient déclenchées. Sur les caméras de surveillance, il n'y avait rien de particulier, mais la Sécurité devait aller voir d'ou venait le problème.

En arrivant à l'entrée de la zone 11, le chef de section ordonna la halte de son escadron et leur signifia de se tenir prêt à un éventuel assaut. Il activa la caméra de surveillance qui donnait sur le couloir derrière la porte blindée scellant le secteur et voyant qu'il n'y avait rien de particulier dans cette vue de couloir blanc, se plongea sur le moniteur qu'il portait au poignet qui indiquait pourtant une présence dans ce couloir. Le moniteur était formel.

Il composa le code de déverrouillage du sas après avoir réorganisé l'escouade en deux lignes longeant le couloir. La lourde porte en acier s'effaça lentement en glissant dans la paroi, révélant la vue que la caméra avait du couloir. Le sol en dallage était immaculé, les murs blancs et une porte moins blindée mais plus sécurisée était visible à une dizaine de mètres. Et pourtant, aucune présence n'était visible. L'alarme volumétrique continuait de prétendre que quelque chose était présent dans le couloir devant eux, mais ils ne voyaient rien.

Le chef de section avança d'un pas et activa la vision infrarouge de ses lunettes de combats. Il ordonna aussitôt à la section de s'arrêter. Au lieu d'être complètement verte (signe qu'aucune radiation infrarouge, donc de chaleur n'était visible), l'affichage de ses lunettes affichait une lueur rosâtre indiquant que quelque chose produisant une température d'environ 17 degrés semblait remplir l'ensemble du couloir devant lequel ils étaient. Il saisit un poignard qu'il avait à la ceinture et le jeta dans la section de couloir. Celui-ci tomba en tintant sur le sol.

Rien ne se passa pendant quelques instants puis à leur grande surprise, ils virent le couteau se décomposer sous leur yeux comme s'il s'évaporait rapidement jusqu’à ce qu'il ne reste que le manche en plastique de l'arme.

Dix minutes plus tard la deuxième équipe de sécurité ne retrouva que des habits et le plastique composait la tenue des soldats. Aucune trace de l'équipe qui les avait précédé dans ce secteur.

mardi 21 décembre 2010

Pigeon Voyageur

Chicago night high
(thème proposé par Emily)


Plus tard

La fête battait son plein dans la petite bicoque du quartier Italien. En haut de quelques marches en pierre tâchées par les ans, un vestibule illuminé par une vieille lampe en cuivre découpait l'ombre de l'encadrement de la porte sur le perron.

Des gens rentraient et sortaient en permanence de la petite maison au toit incliné, une bouteille à la main, un gâteau dans les bras, un plat parsemé de petits rôtis.
A l'intérieur, une cinquantaine de personnes fêtaient un évènement religieux important, partageant alcool et nourriture en toute simplicité. On se serait cru revenu en Sicile, l'accent délicieux de cet idiome parfumait l'atmosphère.

Quelques banderoles avaient été accrochées à la hâte dans le living room et le sol en vieux parquet sombre était jonché de confettis et autres serpentins colorés. Alors que l'on découpait un immense gâteau à la crème dans la cuisine, les Mamas rivalisaient d'ingéniosité et de conseils pour mieux servir le dessert .

Dans la pièce a côté, les hommes buvaient liqueurs et fumaient cigarettes de contrebande tout en se plaignant du climat politique actuel, réprimandant les enfants quand ceux-ci s'apprêtaient à faire des bêtises, ou à en faire une plus grosse.

Au premier étage, dans un bureau chichement éclairé par une vieille lampe à huile, quatre hommes discutaient. Le plus âgé était assis dans le fauteuil club en cuir qui jouxtait le bureau, un autre était appuyé à l'ouverture de la fenêtre, laissant négligemment la cendre de son cigare se répandre par la fenêtre, le troisième avait une discussion animée avec le plus ancien, tandis que le quatrième, appuyé contre la porte fermée de la pièce semblait surveiller autant l'intérieur de que l'extérieur du bureau.

Après quelques instants de discussions âpres, les hommes arrivèrent à un arrangement et se serrèrent la main, pendant que l'homme qui était appuyé à la fenêtre ouvrait un tiroir du meuble en bois derrière le bureau pour en sortir deux verres et une bouteille d'eau de vie.

A ce moment là, une froissement d'ailes les interrompit et un petit pigeon se posa sur le rebord de la fenêtre. Pigeon qui allaient les engager dans une quête dont tous sortiraient changés...

Plus tôt

En contrebas, on entendait la sirène d'une voiture de police qui s'éloignait dans la nuit lumineuse. A cette altitude, le vent soufflait plus qu'au sol et Alexandre était en équilibre précaire sur le bord de la corniche du building. Accroupi, il tenait dans ses mains un petit pigeon auquel il venait de glisser un petit message dans un dispositif que portait l'oiseau à la patte.

Il se releva, le pigeon dans les mains, lui caressa la tête doucement puis d'un mouvement large le propulsa vers le néant. L'oiseau déploya ses ailes et s'en fut à tire d'aile dans la nuit urbaine.

Quelques instants s'écoulèrent, hors du temps, le mugissement du vent murmurant sa plaint aiguë...

Alexandre se retourna au moment ou la porte de l'escalier qui donnait sur la terrasse du building s'ouvrit, il eut le temps de sourire avant que son agresseur ne l'abatte à bout portant.

Sa dépouille fut retrouvée 53 étages plus bas, ensanglanté, ce curieux sourire aux lèvres.

samedi 18 décembre 2010

En courses

Kanyon Mall Istanbul 14
Les ballons étaient de sortie, les gens parcouraient le centre commercial pour faire leurs dernières emplettes, cherchant la perle rare ou chargeant à ras bord leurs caddies de nourritures et alcools. Sur trois étages gigantesques, le centre commercial s'étirait à la périphérie de la ville, verrue clinquante de pacotille. Il n'était pas encore midi et pourtant les couloirs du centre étaient déjà envahis de foule. Julien avait perdu ses parent et ne savait pas trop où allait. Il avait joué avec un ballon de baudruche accroché à un présentoir et quand il s'était retourné, sa maman avait disparu.
Cela faisait bien cinq minutes qu'il errait dans les allées bondées, personne ne faisait attention à ce petit bout de chou de 4 ans qui semblait savoir ce qu'il voulait. Vêtu d'un anorak rose et bleu et d'un bonne vert, ses gants pendant de ses manches, il se dirigeait vers l'endroit ou il pensait que le fast food ou sa maman avait parlé de manger se situait. Elle le cherchait depuis quelques instants, pensant qu'il s'était égaré dans un des rayons du grand magasin de prêt à porter dans lequel elle venait de pénétrer.Il s'était volatilisé. Elle n'était pas inquiète car elle savait son Julien très autonome. Mais quand même avec toute cette foule et ce mouvement, il ne faudra pas qu'il s'égare en cherchant sa maman. Elle parcourait d'un pas rapide les rayons en appelant Julien régulièrement, mais personne ne lui répondait. Ayant interpelé une vendeuse qui avoua son ignorance, elles allèrent se manifester auprès d'un des vigiles du magasin, mais celui-ci n'avait pas vu de petit bout de chou se ballader dans les rayons sans ses parents.
Elle commençait à être inquiète car cela faisait presque 5 minutes qu'elle cherchait Julien.

Lui, il avait retrouvé le fast food et s'était arrêté devant pour scruter l'intérieur de celui-ci lorsqu'un monsieur grand, mal habillé et plutôt mal rasé l'aborda en lui demandant s'il était perdu. Quelque instants plus tard, il emboîtait le pas de l'homme, l'air vaguement inquiet.

Le vigile du grand magasin s'était mis en contact avec la régie centrale de surveillance et ceux ci étaient en train de reconstruire l'itinéraire qu'ils avaient suivi. Aidés de multiples caméras de surveillance, ils retrouvèrent rapidement les bandes correspondants à son entrée dans le grand magasin mais aucune trace du petit julien.Elle commençait à se faire du mauvais sang et le vigile la conduisit à la régie centrale, cela faisait maintenant 15 minutes que Julien avait disparu.

En quelques instants et grâce à un matériel sophistiqué, ils remontèrent le temps à la recherche du petit jusqu'au moment où l'on vit que celui-ci s'était attardé sur un ballon de baudruche qui trainaît pendant que sa mère poursuivait d'un pas décidé vers le grand magasin.

Elle marchait d'un pas rapide vers le fast food, plus pressée qu'inquiète, ses talons résonnant sur le sol vitrifié.

Elle avait pu remercier les gens du centre qui lui avait permis de remettre la main sur son petit diable. Elle arriva devant le fast food et s'y planta, imita inconsciemment la posture de Julien quand il y était arrivé quelques minutes auparavant. Elle l'aperçut et se dirigea vers la table ou il était assis:
"- J'ai retrouvé papa devant le Mac do alors on a décidé de t'attendre ensemble".
L'homme tout sourire, se leva pour embrasser sa compagne et lui céder son siège.

Electeur Dissident

Sous l'impact des balles, le mur s'effritait en éparpillant du plâtre partout autour. Caché derrière, Moussa essayait de ne pas prendre de balle perdue. Il serrait sa kalachnikov entre ses mains. C'était un des rebelles qui combattait pour le Président; celui qui avait été élu démocratiquement par les urnes. L'autre président qui n'avait comme légitimité que celle d'avoir pris, plus tôt, le pouvoir refusait de céder son siège et, grâce à la mainmise qu'il exerçait sur les médias continuait à gouverner.

L'armée était aussi a son service et c'était la mitrailleuse d'un petit blindé qui tenait Moussa en respect. Il risqua un oeil au dessus du mur déchiqueté et s'aperçut que le blindé était en train de faire lourdement demi-tour. Il se ressaisit, se redressa en prenant une des grenades qui pendait à sa ceinture, repéra une planque une dizaine de mètres plus loin, dégoupilla le projectile et le jeta tout en courant ventre à terre vers l'amas de gravats qui ferait office d'abri.

La déflagration souleva un nuage de poussière saumâtre et pendant quelques instants, seuls les bruits d'armes automatiques peuplèrent ce paysage assourdissant. En observant furtivement le blindé, Moussa eut la satisfaction de voir que si son projectile n'avait eu aucun effet sur le blindage, la grenade en explosant avait broyé une partie des gravats sur lequel circulait le blindé. Ses chenilles semblait être incapable de sortir sa carcasse du trou ou il s'était enterré, broyant inexorablement les gravats et enferrant paradoxalement de plus en plus le petit véhicule.

Le calme régnait dans les quelques mètres de la zone de combat. Moussa était seul et le blindé patinait piteusement dans son entrelacs de béton, poutre et autres restes de murs. Moussa s'approcha discrètement du véhicule, par l'arrière. Une fois arrivé à proximité, il tendît l'oreille et malgré les acouphènes des multiples explosions qu'il avait subit, il entendit distinctement la grosse voix d'un homme qui était manifestement en colère parce que ses subordonnés n'arrivaient pas à dégager le blindé. Il eut bientôt la certitude que celui-ci allait sortir du blindé pour évaluer la situation. Moussa su qu'il avait alors sa chance. Il commença à escalader le métal poussiéreux du blindé.

Au moment ou il se remettait péniblement sur ses pieds, il vit que l'écoutille s'ouvrait lentement; d'abord le gros verrou de sécurité, puis l'opercule de l'écoutille se soulevant lentement. Par chance, Moussa était placé derrière l'ouverture naturelle de l'écoutille tant et si bien qu'il aperçu le gradé surgir de l'ouverture tout en continuant d'apostropher ses subordonnés quant à leur incapacité à mouvoir l'engin.

Le temps que l'homme, imposant, et vêtu des uniformes de l'armée régulière, songe à regarder dans son dos, Moussa était sur lui et avait sorti son couteau de son étui. Il saisit l'homme autour du cou et d'un geste fluide, lui ouvrit la gorge alors que celui-ci tentait de protester dans un borborygme inarticulé. Il lâcha l'homme suffocant, saisit une autre grenade à sa taille, la dégoupilla, la lâcha dans l'ouverture, suivant le gradé dans sa chute et détala vers son abri improvisé.

Il n'avait pas atteint celui-ci que la grenade explosait dans le blindé, tuant les suivants et dévastant la cabine.

jeudi 9 avril 2009

Copie conforme

Lundi zéro heure trente quatre

La supraïne faisait luire les bâtonnets de sa rétine, lui donnant cet étrange air de loup garou du 23è siècle. Comme toujours, cela commençait par une accélération du rythme cardiaque, conjuguée à un élargissement léger de la vision périphérique. Progressivement, l’ensemble des sens gagnait entre 5 et 50% de précision pour une durée moyenne de 2 à 5 heures. Les inconvénients de cette drogue était multiples: sensation d’étouffement, paranoïa accentuée, insensibilité à la déshydratation. Il était interdit d’en posséder même pour se consommation personnelle et la plupart des dealers qui en fournissaient étaient soit des balances, soit des vrais bon gros criminels, du genre à vous accueillir avec un AK-47 chargé dans la main en guise de poignée de main.

Mais Richard en avait besoin; ça faisait partie de son job et même si les à-côtés pouvaient être gênant, cela lui permettait d’être toujours un peu en avance sur la Police lors de ses enquêtes. Cette fois-ci, il recherchait un receleur qui possédait vraisemblablement assez d’armement pour faire sauter toute la ville. Voir même le continent, selon certains.

Celui qui employait Richard devait être bien au courant, car il avait remis à celui-ci, la liste complète de ce qu’il cherchait chez ce receleur. Cela contenait quand même au moins une tête de missile, avec quelques autres babioles que personne ne pouvait obtenir légalement, sauf à le faire venir de loin.

Il lui avait aussi donné une adresse où le receleur devait passer ainsi qu’une foloto du mec. Le style classique du receleur: petit, le visage de fouine, le regard fuyant, mal habillé, mal rasé. Mauvaise vie. Et en plus, le voilà qui arrivait. Dommage.

L’homme passa devant Richard, sans même le voir. Il faisait noir, et dans ce secteur de la ville, la Mairie avait coupé depuis longtemps pour faire des économies. Dopé par la came, Richard voyait l’homme pratiquement comme en plein jour. Il se mit à suivre l’homme, d’un pas alerte. L’homme tourna au coin d’un bloc.

Richard attendit quelque secondes avant de prendre le virage.

Lundi onze heures

L’homme qu’ils avaient retrouvé dans le quartier du port n’étais plus reconnaissable. Il portait bien un imper beige immaculé, mais son corps avait été entièrement carbonisé. Bizarrement, l’imper était intact. Aucun papier d’identité.

C’était la troisième fois en un mois, et à chaque fois, personne ne s’était plaint de la disparition de ces gens là. Le patron de la police commençait à en avoir des sueurs froides et comme à chaque fois, ces cadavres étaient retrouvés dans un nouveau quartier de la ville, il n’était pas facile d’établir de périmètre de sécurité.

Lundi dix huit heures

Yon-II était en colère. Oncle allait l’être encore plus quand il apprendrait ce contretemps fâcheux. La livraison avait été retardée pour une raison idiote et quand il avait appris que la Police était impliquée, il avait laissé sa colère prendre le pas. Les domestiques s’étaient éclipsé mais il lui avait fallu ravager le salon avant de reprendre son calme.

Oncle arriva une heure plus tard, en taxi. Il était comme toujours vêtu d’une manière que Yon-II trouvait grotesque et déplacée: une épaisse hermine sur les épaules, un complet anthracite. Il prétendait honorer ainsi son héritage de pâtre tout en faisant honneur aux convenances moderne. Il approchait la soixantaine mais conservait un parfaite allure de vieux beau. Le teint hâlé, le regard bleu perçant, une carrure de boxeur. Son visage large pouvait laisser passer un sourire radieux mais exprimait aussi le sérieux, en mettant en avant ses racines italiennes.

Il tenait un quotidien dans la main et son regard luisait d’une forte émotion. Pendant les instants qui suivirent sa descente du véhicule et ses quelques pas lents sur le gravier de l’allée qui menait au manoir, Yon-II eut peur, vraiment peur. Oncle était quelqu’un de toujours très raisonnable, mais il avait le tempérament fougueux de son neveu avec des colères autrement plus violentes

Quand le vieil homme avait serré son neveu dans ses bras, le jeune homme eut peur pour sa vie, mais sa voix chaude avait dissipé ses craintes et laissé la place à l’incompréhension. Oncle semblait heureux et d’une humeur taquine que Yon-II n’avait pas vu depuis longtemps chez lui.

vendredi 20 février 2009

Terreur sur la plage

Un léger crachin humidifiait le paysage, comme si Quelqu'un, là haut, pleurait la perte d'un Ami. Le matin était gris et morne et pourtant les gens se pressaient sur le promenoir de cette petite ville du Sud Ouest de la France.

Une baleine s'était échouée une semaine plus tôt sur la plage et c'était bien la première fois que cela arrivait. Depuis une semaine, l'animal avait été preservé et les mouettes faisaient le pied de grue, sentant l'odeur de la chair légèrement rance. Les militants de l'antenne locale de Green Peace campaient sur place depuis que la nouvelle leur était parvenue, transformant la plage en petit camp de Hippies écologistes. Guitares sèches, youkoulélés et joints d'herbe étaient revenus à la mode, replongeant les promeneurs dans une suave ambiance des années 60. La police se faisait d'ailleurs une joie de venir régulièrement contrôler l'identité de tout ce petit monde.

Dans cette histoire de baleine, le seul petit problème était que pour venir s'échouer ici, elle aurait dû franchir les lignes flottantes haute-tension anti-méduses qui ceignaient cette partie du littoral or celles-ci étaient encore en parfait état. Elles avaient été mise en place suite au réchauffement notable des températures sur la planète provocant la reproduction massive des méduses en haut salé en rendant ainsi la plupart des plages réchauffées par le Gulf stream complètement impropre à la baignade. Leur efficacité était parfaite, même si cela avait nui à certaines espèces de poissons un peu trop sensibles aux courants et qui s'étaient tout simplement éteintes.

Sur la bande video de surveillance de la plage, on avait isolé une altération de 22 minutes de long entre 3h14 et 3h36 du matin. À la place des images interressantes qui devaient montrer comment l'animal s'était échoué ici, on n'avait rien. Pas vraiment le bruit typique des bandes effacées, mais un noir sombre et pur. Evidemment, en dehors de cette modification, personne n'avait rien vu.

La police était bien embêtée également, parce que le seul témoin qu'on avait pu voir sur les bandes vidéo n'avait pas été retrouvé malgré les appels à témoin répétés au cours de la semaine.

Depuis l'arrivée au pouvoir du dirigeant neo-populaire, la réalité semblait avoir sombré dans un univers fantastique digne d'un roman de H.G. Wells. Pas une semaine ne se passait sans qu'un fait divers inédit ne se produise en France.

dimanche 15 février 2009

Jupiter Weste

Robert Paluron pestait encore contre ses Cheveaux. L'un d'eux avait trop mangé de grain hier soir et dormait encore alors que l'aube allait se lever dans quelques instants. Les autres étaient bien sorti paître dans le premier enclos sous l'impulsion de leur collier de dressage, mais le plus gros d'entre eux ronflait toujours, la bave coulant de son museau bovin.

Les Cheveaux étaient une race génétiquement modifié d'animaux dont la vente et l'utilisation étaient interdites sur Terre, un croisement entre des chevaux et des vaches. Le résultat était à la hauteur de la difficulté du croisement: un animal gigantesque, pouvant mesurer jusqu'à 3m de long, une tête de veau et un corps musclé comme celui d'un cheval. Ils étaient beaucoup plus fort que des veaux normaux terrien et surtout ils n'avaient aucun problème à s'acclimater à l'atmosphère de Jupiter où la gravité était sensiblement plus forte et l'air toujours un peu empli de cette odeur d'algue dont aucune planète n'arrivait vraiment a se défaire lorsqu'elle avait été terraformé. Il étaient capable de synthétiser un cristal énergétique à partir du fourrage qu'ils ingéraient. Une révolution dans l'agriculture qui, à l'approche de 2110 avait rendu les confédérations paysannes plus forte encore que les lobbies pétroliers.

Renonçant à réveiller l'énorme animal, il sorti dans le premier enclos, ou les autres cheveaux attendaient impatiemment, grattant du sabot en tournant en rond, pressé d'en découdre avec les étendus de pâturage.

Il ouvre la porte du second enclos et les animaux commencent à progresser lentement. Leurs lourds pas ébranlent le sol, et ils se massent pour brouter les herbes hautes qui peuplent le champ. Ces herbes poussaient très rapidement et pour des animaux d'élevage, elles permettaient de maximiser la croissance des animaux puisque tout les matins, ceux-ci avaient un champ entier à brouter à nouveau. De couleur fauve, les grands épis ondulaient lentement sous le vent léger qui soufflait à cette heure matinale, vestige des tempêtes nocturnes. Jusqu'a perte de vue ces champs colorés de couleurs chaudes se succédaient en doux vallons, et pour chacun de ces champs, un éleveur faisait paître des animaux. Des fermettes en bois comme celle dans laquelle vivait Robert avaient poussé régulièrement dans le paysage : petits bâtiments de plain pied, sans étage, avec un espace réservé aux animaux. Des grandes routes bétonnées de douze voies de larges délimitaient les frontières des champs. Trois ou quatre prismes inversés semblaient plantés à l'intersection de quelques routes. Objet métalliques visiblement utilisés pour produire quelque chose. Leur orifices divers crachant une fumée blanche et drue. Un faisceau lumineux assez large partait des sommets plats des prismes pour se diriger vers l'espace. En orbite proche, des stations récupéraient l'énergie reconvertie en micro-onde pour la stocker dans des containers qui étaient ensuite acheminés vers la Terre. Cette partie de la planète servait de pile électrique au 30 milliards d'habitants de la Terre.

Robert rejoignit l'étable où le cheveau récalcitrant se terrait encore. Celui-ci, couché en travers semblait respirer difficilement. C'était une catastrophe. Depuis son installation sur la planète il y a 10 ans, il avait perdu plus de la moitié de ses bêtes d'une maladie inexplicable. Bientôt, il n'aurait plus que 7 de ces immenses animaux de trait et cela ne serait plus assez suffisant pour faire tourner l'exploitation. Et dire qu'il était toujours en train de rembourser l'emprunt qui lui avait permis d'obtenir ses animaux et sa terre.

Il avait cru les offices d'émigration de la Terre qui promettaient des vastes étendues nues et vierges de steppes pratiquement vides de toute civilisation. Il n'avais pas été déçu les premiers mois. Cette partie de la planète était une gigantesque plaine dans laquelle seules les exploitations de cheveaux étaient autorisées. Seul le vent qui soufflait encore depuis l'époque post-terraformation éveillait la nature. Sur les autoroutes délimitant les champs, on voyait parfois passer un véhicule en mode de déplacement sub-sonique, mais cela ne durait que quelques instants avant de le voir s'éteindre à nouveau à l'horizon. Il était devenu paysan pour échapper à la vie Terrienne, désormais reservée à l'élite et aux plus démunis des démunis. Après 3 mois sur Jupiter, il avait commencé à regretter l'accès à la culture gratuit et simple, la discussion avec d'autres être humains. Ici, la seule personne qu'il croisait régulièrement, c'était son chef de région, un bureaucrate pointilleux qui quittait toujours avec regret sa Hover-Cadillac climatisée pour affronter l'air toujours doux mais trop aéré à son goût de l'athmosphère.

mercredi 4 février 2009

Par ci par là

L’homme tourna au coin de la rue. C’était un quartier résidentiel rempli de maisons au style victorien, aux avant-façades hexagonale, petits chapiteaux pointus, couleurs crème et pêche.
Le trottoir inégalement pavé faisait résonner les bruits de bas.

L’homme était vêtu d’un grand manteau noir qui montait jusqu’au cou. Un grand chapeau rond était posé sur sa tête. Il marchait d’un pas calme, ses souliers résonnant sur la chaussée du trottoirs. Des grosse berlines de l’époque étaient stationnées le long de la petite route. Au loin, des peupliers se balançaient lentement au rythme d’une brise qu’on ne sentait pas à la hauteur du sol. On entendait un chien aboyer dans un jardin distant.

Au milieu d’une de ces rues, l’homme s’arrêta presque brutalement à hauteur d’une grille en fer forgé noir et pressa rapidement une petite sonnette ronde. Avec ce petit bouton en ivoire blanc.